Visa pour l’image 2019

Le festival international du photo-reportage de Perpignan

23 octobre 2019

Delphine Maratier, que retenez vous de cette édition  2019 ?

Malheureusement et comme chaque année, les images présentent un état de la planète extrêmement alarmant. Crises humanitaires, catastrophes climatiques, guerres, exils … Le choc des photos où les photos-choc, l’année 2019 semble n’être qu’une succession de malheurs. J’imaginais voir davantage (de travaux) de jeunes photographes. Je regrette un peu le manque de renouvellement.

La série de Johnny Miller sur les inégalités sociales vues du ciel est édifiante. En Inde et en Afrique du Sud, on voit clairement les quartiers riches voisiner avec des bidonvilles; les uns (se) servant préférentiellement d(l)es autres. Mais pour moi les photos de drone sont informatives comme peuvent l’être des schémas dans le monde scientifique. Elles sont ici trop éloignées de la réalité sensible. Du coup, le propos devient presque neutre. Comme si l’engagement et l’émotion s’effaçaient dans le cliché de laboratoire.

Cette tendance qui consiste à utiliser la photographie de façon assez froide, je l’ai vue se profiler aussi en Arles cet été, lors des Rencontres Photo 2019. De nombreux sujets présentés avaient cette raideur scientifique, ce côté hautement pédagogique…

Est-on toujours dans le photo-reportage à votre avis ?

Le photo-reportage (telle que je l’ai appris) c’est être dans l’action, être quasiment dans le cadre… pour témoigner de la dynamique de l’instant. Dans son travail consacrée à la crise venezuelienne pour le New York Times, Meridith Kohut témoigne d’un véritable engagement et effectue un reportage au plus près des émeutiers. Là, on y est vraiment !

Qu’est-ce qui vous a particulièrement touchée ?

Le reportage de Hannah Reyes Morales aux Philippines. J’aime beaucoup ses cadrages, son traitement de la couleur et les thèmes de reportage qu’elle traite. Les images de Victor J. Blue sur « Mossoul et Raqua », ces deux villes libérées mais détruites. Ces quartiers entièrement dévastés. Ces âmes que l’on imagine hanter les rues. Je cherche la présence, les silhouettes… et mon esprit reconstitue les formes de cette vie qui était, et qui renait. J’ai vécu des impressions comme celles-ci en Afghanistan, que je n’oublie pas.

Un regret ?

Oui, je regrette qu’aucune image n’ait été montrée, lors de la projection parisienne, sur les manifestations des gilets jaunes.

Et le rêve, fait-il encore partie du voyage ?

Les images de l’apnéiste Guillaume Néry nageant avec les baleines, faites par Franck Seguin pour National Geographic sont magiques. Oui. Là, la photo prend vraiment du souffle !!

Visa pour l’image 2019
21 et 22 septembre 2019 – Perpignan
29 et 30 septembre 2019 – Hall de la Villette – Paris.
https://www.visapourlimage.com

* Ceux qui manquent Visa Pour l’Image organisé à Perpignan, peuvent assister à l’une des deux projections données à la Villette, une semaine après la clôture du festival.